Arvestdrama

L'Atelier d'Isabelle Guiard

Octobre 2023

“Avec ces jeunes gens arméniens, je voudrais explorer les sensations que leur apporte la langue française, tenter de mettre en évidence la théâtralité des deux langues et jouer avec les difficultés qu’ils auront abordées pendant leurs cours de français. Pour ce faire, j’aurais pris connaissance, auprès de leur professeur, des formules, des mots qu’ils auront travaillés. Ainsi nous composerons ensemble une partition aussi loufoque que délicieuse, aussi belle que défoulatoire. Pour ce faire, nous nous servirons aussi d’une chanson… de Charles Aznavour, bien sûr ! Parce que, au-delà des pépites qu’il a créé, il représente LE pont absolu entre les deux cultures. 
“Emmène-moi”, grâce aux 3 degrés de rapidité qu’elle exige, permettra aux différents niveaux de s’exprimer. Nous utiliserons aussi sa traduction, qui réunira arménien et français dans un plaisir musical et théâtral sans peur et sans reproche. Ainsi, nous chanterons un arrangement -que j’aurai concocté pour l’occasion- à plusieurs voix et en plusieurs langues, qui nous emmènera, sinon au bout de la terre, du moins dans un lieu agréable où théâtre et musique, arménien et français ne font qu’un.”

Les mots d’Isabelle Guiard :

“J’ai énormément aimé cette expérience. Ces jeunes gens, même si leur motivation pour le français était très diverse, manifestaient un entrain qui faisait plaisir à voir. Ils étaient partants pour tout ce que je leur proposais et y mettaient beaucoup de coeur. Plusieurs se sont montrés particulièrement inventifs et talentueux. Ces rencontres m’ont apporté un grand coup de fraicheur et un enthousiasme qui m’ont régénérée. Elles ont renforcé ma propre créativité.”

L'Atelier de Corinne Jaber

Les mots de Corinne Jaber :
« C’était une grande joie de pouvoir travailler avec des jeunes élèves à Yerevan au mois de novembre de l’année dernière. Et un moment intense de partage et d’apprentissage pour nous tous. J’ai découvert un groupe de jeunes acteurs, metteurs en scènes et auteurs avec une belle énergie, de l’écoute, de la curiosité et une grande envie de travailler. Ils ont pris le travail très au sérieux et s’y sont attelés avec joie. Le groupe ne s’était pas construit autour de la réussite et de la compétition, chacun y était intégré et il y avait une atmosphère de bienveillance qui y régnait. J’ai travaillé avec eux sur comment transformer une histoire en un petit moment de théâtre. Je leur ai demandé à chacun de venir avec une histoire – qui les avait touchés – et de la raconter devant tout le monde. Ensemble ils ont ensuite choisi les histoires sur lesquelles ils voulaient travailler de façon collective ainsi qu’individuel sur ces 2 semaines. Chaque groupe était constitué d’un metteur en scène aussi bien d’un auteur en plus des acteurs. Nous avons abordé ce travail à travers des exercices, des jeux et beaucoup d’improvisation. Les groupes étaient autonomes et travaillaient de façon indépendante. Au fur et à mesure du stage, chaque petit groupe a présenté son travail et a reçu le feedback du groupe (en plus du mien). Ils ont appris à s’écouter et se regarder attentivement et sans juger et à donner du feedback avec justesse et sans y mêler des notions de valeurs. Idem pour la réception du feedback, ce qui n’est pas toujours une tâche facile, car il faut rester réceptif sans vouloir se défendre des choix qu’on a fait.

A la fin du stage, ils ont présenté leur travail de façon professionnel devant un petit public.

Je garde un très bon souvenir de ce moment de partage et je serai vraie de retourner à Yerevan pour poursuivre ce travail avec d’autres élèves ! »

L'Atelier de Nora Armani

Janvier 2024

“Cet atelier se concentre sur les techniques de l’amélioration de la performance et de la capacité d’être au présent dans diverses situations : sur scène, sur l’écran et à la télévision, ou en s’adressant à un public. La présence est la clé d’une performance efficace et elle favorise l’écoute et la compréhension avant de réagir dans n’importe quelle situation. Les étudiants participeront à des activités et à des exercices qui permettent d’améliorer une écoute et une réaction efficaces dans un certain nombre de situations.

Les participants pourront:

Contrôler la nervosité et la timidité.
Lire et utiliser le langage corporel et les compétences vocales pour une performance efficace.
Identifier et décrire la nature et la fonction de la langue parlée, de l’inflexion et de la gamme vocale à travers des textes choisis et de la poésie en français pour améliorer la prononciation et la diction françaises (pas tant l’accent, car le temps est limité pour apporter des changements efficaces).
Prendre en compte les situations avant de réagir dans la précipitation en étant présent « dans l’instant » et à l’écoute.

Chaque cours sera divisé en une section comprenant des exercices, des improvisations et des jeux de rôle. On travaillera ensuite la voix et la respiration, et aussi les textes existants.

Les devoirs peuvent inclure l’observation de diverses situations et le compte rendu en classe. Les étudiants tiendront un journal pour enregistrer les étapes hebdomadaires, les défis rencontrés et les stratégies pour les surmonter.
La langue de travail sera le français. L’arménien ne sera utilisé que dans certaines situations pour clarifier ou expliquer si et quand cela est nécessaire.”

Les mots de Nora Armani :
“Tout d’abord, je voudrais remercier Serge Avédikian d’avoir eu cette excellente idée, de l’avoir mise en œuvre avec autant de succès et de m’avoir invitée en tant qu’instructrice. Je suis tellement honorée et heureuse d’en avoir fait partie. Je tiens également à remercier Claire Guidicenti pour l’excellente organisation, et Lusiné Abgarian pour avoir si merveilleusement facilité la liaison entre les organisateurs, les participants et les instructeurs. Ce fut un pur plaisir de travailler avec le groupe de jeunes artistes, de partager des moments incroyables remplis de créativité et de passion pour l’art du théâtre et du jeu d’acteur, élargissant ainsi nos connaissances et nos expériences respectives.
Il est très important d’élargir les horizons culturels des jeunes artistes arméniens en leur apprenant à jouer dans différentes langues. Ces connaissances et expériences précieuses leur confèrent non seulement une dextérité linguistique très appréciée chez les acteurs en général, mais leur ouvrent également de nombreuses opportunités.
Ce n’est pas la première fois que j’enseigne une Master Class en Arménie, et à chaque fois c’était une expérience très enrichissante. Mais la spécificité de cet atelier tient à l’empressement et la disponibilité avec lesquels la majorité des participants ont abordé cette occasion unique de jouer en français et d’apprendre les spécificités de la langue de Molière. Leur amour pour leur art et leur métier était le moteur de leur énergie et s’est vu multiplier par leur curiosité et leur amour pour la langue et la culture françaises.
Chaque fois que je travaille avec un nouveau groupe, je retrouve mon énergie et mon inspiration. Passer le relais aux jeunes générations et transmettre nos connaissances et nos expériences enrichissent autant celui qui donne que celui qui reçoit. Je suis repartie avec une énergie positive renouvelée et de bons souvenirs des moments artistiques partagés lors de l’atelier, ainsi qu’avec de nouvelles idées pour des pièces de théâtre sur lesquelles j’aimerais travailler avec ce groupe, ou certains de ses membres. J’espère vous retrouver bientôt.” 

L'Atelier de Léna Paugam

Mars 2024

“Au cours de cette Masterclass, Lena Paugam proposera à un groupe de comédiens arméniens d’explorer l’univers théâtral de Jean Racine à travers la pièce “Andromaque”.
L’intrigue de cette pièce s’appuie sur un épisode mythologique. Un an après le siège de Troie et la victoire des Grecs, la princesse Andromaque et son fils Astyanax, héritier du trône troyen, sont retenus captifs en Epire. Esclaves protégés par le roi Pyrrhus, fils du grand Achille, ils restent confrontés au ressentiment et à la haine xénophobe du peuple grec. Comment l’histoire des peuples vaincus se raconte-t-elle ? Comment penser la notion de pardon après les horreurs d’une guerre de dix ans ? L’histoire d’Andromaque se situe au cœur d’une crise à la fois intime et politique où se décide l’insoumission à l’ordre ancien, où se revendique la liberté d’écrire une Histoire nouvelle. Les jeunes héros grecs, Hermione, Oreste et Pyrrhus, sont les héritiers de la grande Histoire écrite par leurs parents. Comment avancer ? Que devenir ? Quel est le poids du legs ? Faut-il tuer le passé pour écrire son histoire ? Contre la loi du Père, des pères, contre l’idéologie glorifiée des systèmes du passé jamais remise en question, Pyrrhus, fils d’Achille, sera assassiné aussi bien pour l’amour d’Andromaque que pour l’amour d’une idée du changement de paradigme.

Les participants de ce stage découvriront l’approche sensible du travail scénique de Lena Paugam. Il s’agira notamment d’explorer sur scène les rapports entre les quatre protagonistes de la pièce. Ils s’intéresseront à la question du regard, très présente dans le texte de Racine. L’œil y joue un rôle tragique; le fait de voir et d’être vu, de considérer et d’être reconnu, y sont des éléments d’actions déterminants pour le destin des héros. Lena Paugam cherchera à mettre en lumière le rôle de ceux qui observent et accompagnent, et s’intéressera aux rôles des confidents en tant que regards portés sur la Tragédie. Qu’est-ce qu’« assister », « assister à », « accompagner » ? Que signifie le fait de « se tenir dans l’ombre » ? Qu’est-ce que « chercher la lumière » ? En quelle mesure l’obscurité nait-elle de son antithèse ? Travailler sur le regard et sur le rapport entre ombre et lumière peut aussi nous amener à réfléchir plus largement sur l’acte de voir au théâtre.

Les comédiens seront d’autre part initiés à la métrique de l’alexandrin, vers français composé de douze syllabes et travailleront sur la notion de rythme – très importante dans le travail de Lena Paugam – en s’appuyant notamment à partir du slam et du rap sur une série d’expérimentations musicales proposées par la metteuse en scène.”

Les mots de Lena Paugam :

“J’ai eu l’honneur de rencontrer et de travailler avec les élèves de l’atelier d’art dramatique d’Erevan pendant deux semaines au cours du mois de mars 2024. Je leur ai proposé de découvrir une oeuvre de jeunesse de Jean Racine intitulée Andromaque. Cette tragédie classique française explore les problématiques du pardon et du devoir de mémoire à partir d’une fiction mettant en scène plusieurs personnages de la mythologie grecque antique au lendemain de la guerre de Troie. C’est l’une des plus célèbres du poète. C’est aussi à mes yeux l’une des plus passionnantes. Sa renommée subit le simplisme réducteur, qui fait de sa fable un entrelacs amoureux compris dans la formule “Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector qui est mort”. Nous nous sommes plutôt attachés à aborder les thèmes éthiques et géopolitiques qu’elle permet également de soulever.
Notre travail s’est appuyé quotidiennement sur des exercices d’entraînement mettant en exergue l’exploration des sensations physiques au plateau, sur des exercices d’écriture autour des thématiques de la pièce pour nourrir scènes et improvisations, et bien entendu sur la mise en jeu de plusieurs scènes d’Andromaque de Jean Racine. La pièce n’était pas encore traduite en arménien, les élèves ont travaillé à en traduire plusieurs scènes, nous avons également traversé la pièce en confrontant ses interprétations en plusieurs langues. Au cours de la présentation qui a achevé notre stage, les élèves ont fait entendre Racine en français, en arménien mais également en anglais, en grec et en russe.
Sensibles à la pièce comme à ses résonances avec le contexte d’après guerre en Arménie, les comédien.ne.s se sont engagés avec beaucoup de sincérité dans les propositions scéniques que je leur ai faites. Ils m’ont accordé une grande disponibilité et une grande écoute. Nous avons travaillé avec ferveur et délicatesse, doucement, et rigoureusement, avec sensibilité et profondeur. Leur curiosité a rendu possible le fait que ces deux semaines d’exploration soient l’occasion d’une véritable rencontre pour eux comme pour moi.
C’était la première fois que je mettais en scène des acteurices dans une langue étrangère. L’expérience s’est avérée pour moi absolument passionnante. Pour l’avoir mise en scène récemment en langue française, je connais parfaitement la pièce de Racine, je connais son rythme et le contenu de chacune de ses répliques. Dans ce contexte, ne connaissant pas l’arménien, je devais diriger à l’aveugle. Mon attention s’est donc focalisée sur ce qui caractérise particulièrement mon travail avec les acteurices : la présence, le rythme et l’émotion. J’ai proposé un certain nombre d’exercices d’écriture dont je ne pouvais pas connaître le contenu, j’ai fait lire ces textes aux comédien.ne.s et nous avons pu percevoir ensemble les éléments qui rendent possible la justesse d’une interprétation au présent. J’ai inventé dans ce contexte de nouveaux exercices d’entraînements que je compte reproduire à l’occasion de prochains travaux de mise en scène.
A Erevan, j’ai partagé de nombreuses discussions avec les stagiaires au sujet de l’esthétique contemporaine et à propos des enjeux politiques et culturels de l’art théâtral dans le contexte historique actuel. 
Je suis repartie en France avec le désir de poursuivre mon chemin artistique en collaborant avec des artistes arméniens, de continuer à découvrir ce pays, sa culture, ses habitants. Il me semble impensable après une telle expérience de rester ignorante ou insensible au sort politique de ce pays. J’ai déjà pris attache avec plusieurs artistes arméniens issus de la diaspora et résidant en France pour continuer d’apprendre. Je suis impatiente de revenir à Erevan pour échanger à nouveau et y inventer de nouvelles expériences de création artistique.”

Restitution finale 12 avril 2024

mise en scène de Stefana Samfira
En tant qu’artiste invitée pour la clôture de la 3ème édition de l’Atelier, Stefana Samfira va travailler sur un spectacle basé sur les textes de Raymond Queneau “Exercices de style”, selon la formule « Playground Theatre ».

Les mots de Stefana Samfira :

« Je suis très heureuse d’être francophone et d’avoir eu l’opportunité de participer à ce projet. J’ai choisi de travailler sur les textes des Exercices de style de Raymond Queneau, des textes surréalistes. J’avais peur de travailler avec des acteurs étrangers, inconnus. J’avais peur d’une ville inconnue. Je ne suis pas partie dans cette aventure avec des certitudes mais avec peur et curiosité. J’ai trouvé à Erevan une équipe extraordinaire, des gens non seulement talentueux mais passionnés, des gens avec beaucoup d’humour et une culture incroyable. Nous avons construit ce spectacle avec joie. La communication à travers l’art transcende les différences de langue, de tradition et d’histoire entre les peuples. J’ai fini par comprendre ce que disaient les acteurs quand ils parlaient en arménien et ils ont fini par me comprendre quand, sans m’en rendre compte, je leur expliquais des choses en roumain. Le 30 mars, je suis arrivée en tant qu’étrangère dans une ville étrangère. Le 13 avril, je suis partie parmi des amis, le cœur battant au rythme arménien sur la musique française de Charles Aznavour. Merci Anna. Merci Lusiné. Merci Serge. Merci Erice Poppe pour cette merveilleuse opportunité de découvrir de nouveaux horizons grâce au passeport francophone.»

Les mots des participants

Captation vidéo de la représentation du spectacle à Paris.

PETIT TEXTE CLAIRE ??